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L’INNOMMABLE : Même nos morts n’y ont pas échappé

Lorsqu’à propos de la préservation du patrimoine, nous avons osé dire que Sidi- Bel-Abbès se provincialisait en raison du retard accusé dans la prise en charge des investissements nécessaires, les chaumières en ont fait leurs choux gras. Lorsqu’on évoque les nouveaux aménagements censés répondre à une exigence écologique citoyenne, on nous rétorque qu’aux yeux des médisants rien n’est satisfaisant. Quand on dit que la ville s’encombre de saleté et d’immondices et que son sobriquet de  » coquette » ne lui sied plus, en raison d’une esthétique urbanistique peu renouvelée et moins recherchée, on nous laisse entendre que nous faisons un mauvais procès aux entrepreneurs valeureux et aux élus dévoués, évidemment les conseils bien éclairés de leur « Société Civile » sont le témoignage de leur bonne foi. Dites-nous, de grâce, comment faire part de nos doléances ? Nos propos ne visent aucune personne en particulier, sinon qu’à dénoncer les incohérences d’une gestion peu offensive, manquant d’initiative, tatillonne, dépensière, amorphe et qui ne cible que des objectifs accessoires. Les priorités sont mal perçues voire pas du tout ressenties. Nos interventions se veulent être une alerte citoyenne ou configurer un autre revers de la médaille, ou tout simplement susciter un débat autour de projets structurants décidés quasiment en vase clos. Nous ne prétendons être ni des censeurs arrogants ni des conseillers vertueux, encore moins des gardiens du Temple. Notre seule ambition peut- être avec un soupçon de prétention, est d’éviter de subir sans réagir et aussi de sombrer dans la léthargie ambiante qui gagne une population semblant tétanisée, insensible et indifférente à toute notion de l’utilité de la Culture, de la mise en évidence de l’Esthétique et du Beau, bref de la nécessité d’un développement harmonieux et moderne de sa Ville.Peut-être se réjouirait-on du côté de nos morts en allant nous recueillir auprès de leur demeure éternelle ? On nous avait annoncé avec fanfare et trompette que des élus bienveillants et attentionnés, et devant un parterre de témoins, allaient se charger spécialement du sort de nos « cimetières », de leur nettoyage, de leur embellissement, de leur gardiennage, en quelque sorte de leur efficience, au bénéfice et pour l’image d’une cité reconnaissante à ses prédécesseurs. Ô que non ! Nous sommes au regret de devoir dire que nos Cimetières sont toujours ces terrains en jachères permanentes qui nous font front comme pour nous dire : « nous sommes à l’abandon et très peinés de ne pouvoir vous mettre dans le rite du souvenir des êtres chers. Votre ingratitude vous dispense de tout commentaire, irrecevable avant d’avoir germé » . Oui l’actualité se soucie beaucoup plus des arbres d’alignement ou d’ornement. Sont-ce des platanes? Ou des palmiers ? Préoccupations nécessaires certes mais au point de délaisser des espaces sacrés que nous sommes appelés à rejoindre indubitablement. Personne ne souhaiterait s’imaginer dans ces champs de ruines que rien ne justifie sinon la désinvolture de ceux qui pensent être éternels parce que trop accaparés par être ce que les philosophes désignent par « des pour-soi ». Et pourtant notre Religion surpasse, spécialement par cet aspect, les autres en nous enseignant que « qui veut un bon conseiller, la mort doit lui suffire ». Ici et là, des cimetières (Sidi -Senouci à Tlemcen, Aïn -Beïda à Oran ou El-Alia à Alger) sont gérés et entretenus avec maîtrise et compétence, faisant la fierté de leurs respectives APC. Ce qui nous révolte c’est que Sidi-Bel-Abbès n’en est même pas jalouse étant outrageusement insensible pour s’en inspirer. N’est-on pas inquiet de cette multitude de profanations de nos tombes qui sont une mutilation du sens de la vie par des adeptes de la magie noire en raison d’un gardiennage déficient, voire inexistant ? Cette pratique qui donne froid au dos nous rappelle des périodes moyenâgeuses d’un maraboutisme conquérant et entretenu, combattu avec férocité et sans nuance par des réformistes engagés et éclairés. Par ailleurs nous n’avons pas manqué de fustiger les attitudes restrictives et inamicales des Autorités Françaises quant à l’implantation des carrés ou cimetières musulmans, mais ils existent bel et bien, reconnaissons-le sans détour. Leur gestion est conduite avec un professionnalisme qui pourrait même être envié par le charme resplendissant du Parc- Monceau ou des jardins de l’Elysée. Il n’y qu’à voir le carré du cimetière de Thiais dans la région parisienne pour s’en convaincre : le gazon à perte de vue, les tombes numérotées sur un écriteau en marbre noir ou en granit, des allées bitumées aux abords fleuris, un espace pour accomplir la prière du « Mort » et un bureau d’accueil pour orienter les visiteurs en leur indiquant la tombe du défunt sur simple orthographe de son nom. Pour ce qui est du gardiennage, assuré 24 sur 24, l’évidence voudrait qu’on n’en parle même pas tant les horaires d’ouverture et de fermeture sont strictement et rigoureusement réglementés. Même si la légitimité de nos doléances n’est pas discutable nous n’en demandons pas autant, cependant qu’en mémoire de nos morts et en leur honneur un minimum d’effort doit être entrepris en coordination avec les mécènes qui se sont proposés à l’effet de contribuer à améliorer l’aspect désolant de nos cimetières. On le doit à nos parents, à nos aïeux et à tous nos morts sans exclusive. Quant aux mécènes et aux bienfaiteurs potentiels, nous sommes sûrs que la parole donnée, pour ceux qui ont eu à le faire, ne peut être reprise et que le cérémonial convivial et chaleureux, le jour de l’annonce de l’événement sera reconduit avec la même verve et le même enthousiasme sitôt les travaux entamés. L’utopie nait des rêves les plus insensés, l’émotion étant le catalyseur des sentiments jusqu’alors enfouis. Ose- t-on dire : « repose en paix », « paix à ton âme » ou que « Dieu vous accueille dans Son vaste paradis », dans une enceinte à confondre avec un quelconque terrain vague. Ô aïeux, parents, alliés, amis et voisins chéris de votre vivant, pardonnez- nous ! Nous ne méritions pas votre confiance, votre affection et vos sacrifices.